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Tu voyages dans ma vie, dans mes jours de pluie; meurtrie d'amours brisés, meurtrie de ceux à venir. Car un jour tu as pris pour de la passion ce qui n'était que des sensations. Il est vrai pourtant que tu as l'air de savoir aimer, mais cela ne sert à rien de sombrer ... personne n'en vaut la peine.
Tu voyages parmi tes espoirs; tu aimes par habitude plus que par certitude. Et je te vois vivre; si l'on peu appeler ça vivre. Quelques sentiments lacèrent mes pensées, mais, qui pourrais-je encore aimer après toutes ces femmes et filles passées ... T'as pas le moral petite ? Ben moi non plus tu sais. Mais si je t’entraînais dans mon spleen, tu verrais que tu en fais partie; alors, à quoi bon ...
En attendant, ton amitié traverse ma solitude; mais je ne voudrais surtout pas devenir une habitude.
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Il y a des instants et des personnes parfois, qui valent la peine ... qu'on les vive. Mareva était de celles-ci.
Je l'avais rencontrée depuis quelques mois, mais nous n'avions pas eu jusque là, l'occasion de nous voir souvent.
Nous avions malgré tout, remarqué que nous avions beaucoup de points communs dans la vie, jusque sur des choses les plus anodines.
Mais aussi, au fil de nos conversations, j'avais retrouvé une petite soeur dans le désespoir de l' âme, paradoxalement partagée entre l'amour de la vie - cette vie qui avait sacrifié quelques-uns d'entre-nous à la solitude de l' âme - et l'espoir de la mort.
Elle était belle. Pas seulement de la beauté physique qui accrochait les regards d'admiration des hommes et des femmes envers elle, au premier abord, mais belle ... à l'intérieur d'elle-même. Merveilleusement belle de simplicité, de pudeur, et d'amour pour les autres.
Un jour, elle m'avait dit, comme cela, simplement, en brisant un moment de silence qui s'était installé au cours d'une conversation : " Tu es gentil ", au moment où je pensais la même chose envers elle. Ces simples mots, la façon dont elle les avait prononcés, m'avaient profondément ému.
Elle était de ces rares filles pour lesquelles j'avais une profonde amitié.
J'aurais pu compter celles-ci sur les doigts de la main.
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Le cadran de ma montre indique 6h10.
C'est le froid qui m'a réveillé après une nuit passée à la belle étoile. L'épaisseur de ma veste de treillis n'a suffit qu'à me protéger de la poussière.
Sur moi, juste un duvet partagé avec un camarade. Je me lève et refais du feu avec la braise qui couvait sous la cendre. Tout autour du foyer, les camarades se réveillent peu à peu.
Il fait maintenant tout à fait jour, et nous redécouvrons ce magnifique paysage ardéchois.
Hier soir, nous avons veillé très tard ... nous fêtions le solstice d'été.
Quelque part en Ardèche ...
22 JUIN 1985
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Elle venait de crever le brouillard à une centaine de mètres de là, dans une aura qui laissait derrière elle une traînée blanche comme la queue d'une comète ou des voilages de soie; elle approchait, luminescente.
Des filaments de brume s'accrochaient aux pans de son manteau ouvert, qui flottait à chacun de ses pas.
Elle se déplaçait, aérienne; ses cheveux à présent bouclés, à l'inverse de notre première rencontre, dansaient autour de son visage à la peau satinée.
Il émanait d'elle une maturité bien plus perceptible que l'année précédente où je l'avais rencontrée pour la première fois.
Rouen 1985.
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Je me suis réveillé ce matin, et j'ai vu qu'il me fallait encore vivre.
Vivre.
Pour qui ? Pourquoi ?
J'ai jusqu'à ce jour, traversé ma vie sur un fond d'amertume - ponctué par ce que certains appellent des instants de bonheur - une perpétuelle attente de la mort; non avec résignation ou peur, loin de là, mais avec l'étonnement qu'elle ne soit pas encore venue.
Car je ne sais pas ce que je fais sur cette terre, en cette époque ...
Une vie que je traverse comme égaré entre deux pièces dans un couloir qui me mènerait à une autre vie.
Comme je ne sais pas combien de temps je resterai dans le couloir, je l'aménage du mieux que je peux car j'ai toujours au fond de moi cette nostalgie d'une vie antérieure; d'une vie que j'aurais vécue pleinement, et dont je n'ai plus de souvenirs.
Effrayante parfois, cette vision du vide qui envahi. Et je sais que si je ne bougeais pas, cela me gagnerai et je plongerais. Car enfin, pendant ces passages à vide, qu'est-ce qu'il peut y faire froid dans ce couloir ...
Hier, j'ai terminé le "Voyage au bout de la nuit" de Céline. A présent, le nez collé à la vitre du bus, je regarde les zombies du dehors ... les mêmes qu'à l'intérieur. Ils avancent sans s'arrêter dans leurs vies; eux, ils l'attendent leur nuit. Car ils croient que c'est la mort et ils en ont peur.
La plupart d'entre-eux ne mériteraient pas de mourir, non. Pire. On devrait les condamner à vivre leur sale petite vie insipide, à perpétuité.
Comme certains, moi j'y suis déjà dans la nuit; et parfois j'ai peur qu'elle ne dure trop longtemps. Ca y est ! Ca me reprend cette envie d'écourter le voyage ... l'espoir qu'elle arrive assez vite, la petite môme habillée en noir, douce et veloutée.
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Hier, nous avons fêté tard avec des amis.
Ceux-ci sont partis à un moment de la nuit où celle-ci se demande si elle doit aussi aller se coucher. Le jour, lui, hésite encore, attend qu'elle fasse le premier pas.
Je me réveille quelques heures plus tard près de la femme que je vais bientôt quitter.
Il n'y a aucun bruit. Dehors, les oiseaux ont commencé à faire entendre leur chant; c'est beau ... et calme.
Les chats sont couchés sur le lit, immobiles. Parfois l'un d'entre-eux se dresse comme s'il avait entendu quelque son insolite, et replonge doucement dans la somnolence.
Je termine de lire le bouquin de Djian.
A mes cotés, tu dors encore; ton visage a la douceur de l'innocence.
Les minutes s'égrènent lentement comme des grains de sable fin que tes doigts graciles ne peuvent retenir ... comme mon amour pour toi.
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As-tu déjà pleuré sur une chanson de Jacques BREL ?
As-tu déjà vu les larmes de bonheur d'une mère prenant dans ses bras son enfant qui vient de naître ?
As-tu déjà pris le temps de t'asseoir aux abords d'une plage de Normandie, pour sentir le vent et les embruns te fouetter le visage, voir la mer se fracasser sur les rochers et écouter les vagues faire rouler les galets ?
As-tu déjà vu la môme PIAF tendre les mains en une offrande de sa vie ?
As-tu déjà lu un livre de Yukio MISHIMA ou, goûté comme un fruit, un des robaïyat d’Omar KHAYYAM ?
As-tu déjà senti sur toi le souffle de la mort ?
As-tu déjà ressenti ce mélange de beauté, de force et de simplicité des chansons de William SHELLER ?
As-tu déjà vu le visage farouche de Che GUEVARRA, incarnation de la pureté révolutionnaire ?
As-tu déjà vu mourir un camarade sans pouvoir le retenir ?
As-tu déjà tendu le bras vers le soleil comme pour y puiser des forces pour un combat ?
As-tu déjà vu une jeune femme arabe s'arrêter de marcher, fermer les yeux, et chalouper des hanches; retrouver ses racines au son d'une musique envoûtante ?
As-tu déjà remarqué la profondeur du regard rempli de nostalgie de Pierre DRIEU-LA-ROCHELLE, où se lit la détermination de son idéal ?
As-tu déjà veillé‚ aux feux de camp du solstice d'été ?
As-tu déjà ressenti comme une chaleur dans ton ventre, instant de désir d'une première rencontre ?
As-tu déjà vu la sérénité d'un visage qui vient de s'abandonner dans la jouissance d'un acte d'amour ?
As-tu déjà vu le regard d'un asiatique s'étonner, s'extasier, et s'illuminer d'un sourire devant les jeux d'un enfant ?
As-tu déjà lu l'épopée fabuleuse du "baron fou" Ungern-Von- Sternberg, "La nuit des temps" et "Le petit prince" ?
Si tu as vu tout cela ami, et bien d'autres choses aussi fortes, alors il ne te restera plus à n'attendre de la vie, que le néant de la mort, avec sérénité.
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Il me faudra franchir un jour, l'espace qui sépare la vie de la mort pour rejoindre celle-ci à nouveau.
Partir sans bruit, partir sans cris, et au dernier moment, penser, avoir le temps de penser aux êtres aimés. Partir en ne laissant derrière soi que l'écho à présent futile et vain des pleurs de tristesse des amis, vite balayés par le temps qui les remplacera par les souvenirs.
Souvenirs à leurs tours balayés par l'implacable égrénement du sablier de la nuit des temps.
Mourir en laissant derrière soi toutes sortes êtres humains dont paradoxalement la seule grandeur et le seul épanouissement se trouvent dans la guerre et dans l'amour, et dont la damnation de ces mêmes êtres se trouve dans les mesquineries journalières ainsi que dans la destruction de la nature.
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Le signe de la paix arboré par les pacifistes, m'a toujours amusé.
Il ne s'agit ni plus ni moins de que la rune de la mort chez les celtes, il y a plus de 4400 ans.
Après tout, il est vrai que pour beaucoup, la mort est la paix éternelle.
Mais comme pour mourir, les hommes n'ont trouvé rien de mieux jusqu'à ce jour que de faire la guerre ... alors, ce n'est pas en jouant les pacifistes qu'ils arriveront à la supprimer. D'ailleurs, jusqu'à quelles extrémités iront-ils pour obtenir gain de cause ?... je n'ose y penser.
Je les renverrais donc au vieil adage (ils vénèrent bien les vieux symboles) "Si tu veux la paix, prépare la guerre".
Oui pacifistes, si vous voulez la paix, préparez la guerre, car ce n'est pas en supprimant les armes que vous supprimerez la guerre.
L'arme a été le premier outil de l'homme et il en sera le dernier. Il suffit de savoir le manier, en bien ou en mal, mais c'est un outil nécessaire.
Si vous voulez supprimer les guerres, il vous faudrait supprimer l'homme; car la guerre comme l'amour est un besoin pour l'homme. C'est en lui depuis la nuit des temps, et cela sera en lui éternellement.
On ne peut aller contre l'inconscient guerrier des peuples, qui est un facteur de la nature humaine.
L'homme, on ne peut qu'essayer de le raisonner et le responsabiliser.
Mais cela, c'est un autre problème ...
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